LE GENERAL GILBERT DIENDERE
ET LE COUP D’ETAT DE  2015

Dans sa volonté de changer l’article 37 de la Constitution qui l’empêche de se présenter à l’élection présidentielle de 2015, le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, est contraint de quitter le pouvoir suite à une insurrection populaire intervenue le vendredi 31 octobre 2014. Lui et sa famille se réfugient en Côte d’Ivoire, après vingt sept (27) ans passés à la tête du Burkina Faso.

Le 7 avril 2015, le Conseil national de transition mis en place après le départ de Blaise Compaoré, présidé par Michel Kafando avec pour Premier ministre, le n° 2 du Régiment de Sécurité Présidentielle, Isaac Zida, adopte un Code électoral et une des dispositions stipule : « Tout Burkinabé membre de l’ancien gouvernement de Blaise Compaoré ou s’étant positionné comme favorable, ouvertement ou publiquement à la modification de l’article 37 de la Constitution, est désormais exclu des prochains scrutins. »

Banni de la course aux élections présidentielles et législatives, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès, Parti politique de l'ex-Président Blaise Compaoré (CDP) et ses alliés obtiennent de la Cour de justice de la CEDEAO, le lundi 13 juillet 2015, la condamnation du Burkina Faso pour la « levée de tous les obstacles susceptibles d'empêcher des proches de Blaise Compaoré à participer aux prochaines élections. »

Le jeudi 16 juillet 2015, à Ouagadougou, au Burkina Faso, les députés du Parlement de transition votent, devant la Haute Cour de justice, la mise en accusation de l'ex-Président, Blaise Compaoré, pour « haute trahison » et « attentat à la Constitution ».

Le CDP et ses alliés saisissent le Conseil constitutionnel Burkinabé pour demander l'annulation de la résolution autorisant la poursuite en justice de Blaise Compaoré pour : « Non-respect de procédure pour ces motifs : 1°) le vote d'une résolution de mise en accusation du chef de l'Etat se fait à bulletin secret, et non pas à main levée, comme ce fut le cas . 2°) le problème de détermination de la majorité qualifiée se pose puisque la mise en accusation du président du Faso est votée à la majorité des 4/5e des membres du parlement suivant la Constitution ce qui n’a pas été le cas étant donné le parlement de 90 membres qui a statué le 16 juillet 2015 sur ce texte, il n’y avait dans l'hémicycle que 63 votants, et la résolution a récolté 60 votes favorables. »

Dans cette ambiance, le mercredi 16 septembre 2015, les éléments du Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP), élite militaire créée par le Président déchu, Blaise Compaoré prennent en otage, au Palais Kosyam de Ouagadougou,  des membres du gouvernement de transition dont le Président de transition Michel Kafando et son Premier ministre, Isaac Zida.

Les putschistes déclarent démissionnaires leurs otages, à quatre (4) jours de l’ouverture de la campagne électorale.

Dès l'annonce de cette nouvelle, le Président du Parlement de transition, Chérif Sy réagit en appelant le peuple Burkinabé à résister et il dit : « Ce coup d’Etat n’est pas une surprise, je l’ai toujours dit depuis le début de la transition que si cette unité n’était pas dissoute, ces forces seraient déployées ailleurs et que nous aurions des problèmes. Je l’ai répété, ces jours-ci qu’à partir du moment où nous rentrions en ligne droite jusqu’aux élections, il ne reste plus qu’un mois, il était évident qu’à un moment, ils jetteraient leur va tout pour tenter quelque chose et éviter la tenue de ces élections… (…) Je suis investi d’une nouvelle responsabilité car son excellence Michel Kafando étant séquestré le Premier ministre aussi, les membres du gouvernement étant arrêtés, je suis l’autorité aujourd’hui qui est de fait investie par la charte et par la constitution des pouvoirs du chef de l’Etat… ».

Le jeudi 17 septembre 2015, le Lieutenant-colonel Mamadou Bamba, dans une allocution à la télévision, dissout le gouvernement de transition et créé le  Conseil national de la démocratie  (CND).

Le même jour, quelques heures après la première intervention à la télévision, un proche de l’ancien Président Blaise Compaoré, le Général Gilbert Diendéré est placé à la tête du CND.

Or, ce jeudi 17 septembre 2015, les avocats des parties civiles avaient été convoqués pour prendre connaissance des conclusions de l’expertise balistique et de l’autopsie et le Général Gilbert Diendéré lié à l’ex-Président Blaise Compaoré depuis plus de trente (30) ans est accusé d’avoir participé à l’assassinat de l’ex-Président Thomas Sankara.

Dans le livre de Ludo Martens « Sankara, Compaoré et la révolution burkinabé », Gilbert Diendéré, Responsable de la sécurité et des commandos de militaires à cette époque, dit sa part de vérité : « Nous savions que Sankara avait une réunion au Conseil à seize heures et nous avons décidé d’aller l’arrêter là-bas… Peu après seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de sa garde sont arrivées devant la porte du pavillon ; une deuxième voiture de la garde est allée stationner un peu plus loin. Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle. Des personnes qui l’attendaient à l’intérieur du bâtiment sont venues à sa rencontre ; d’autres sont sorties quand elles ont entendu des coups de feu. Parmi ceux qui sont tombés, il y avait Patrice Zagré, un homme avec qui nous avons beaucoup travaillé et dont tout le monde a regretté la mort. Les gardes de corps de Sankara dans la deuxième voiture n’avaient pas réagi ; ils ont simplement été désarmés»

La veuve du défunt leader burkinabé, Mariam Sankara se prononce sur ce coup de force  : « C’est une coïncidence. Nous devions avoir les résultats [de l’autopsie] et il y a eu ce coup… Il y a beaucoup de coïncidences dans cette situation. C’est pas facile quand même à expliquer.. (...) Diendéré a été cité plusieurs fois dans des témoignages. (...)  Il était à ce moment là responsable de la sécurité. Il semble impliqué. (…) Il était responsable des militaires qui ont été cités dans cette affaire. Si jamais c’est lui qui reste au pouvoir, je m’inquiète. »

Né entre 1960 et 1961, le Général Gilbert Diendéré en dépit de ses 1,95, est qualifié d’homme calme, timide et un fin stratège, proche des réseaux français et américains.

Toujours en tenue militaire, un treillis et un béret rouge, Gilbert Diendéré était le Chef d’Etat Major particulier de l’ex-Président, Blaise Compaoré, avant de perdre son poste à la suite de la chute de son mentor.

Considéré comme l’un des hommes les plus puissants du Burkina Faso, Gilbert Diendéré était le mieux renseigné et a servi d’intermédiaire dans de  nombreuses crises de la région, notamment les crises libérienne, sierra-léonaise, malienne et ivoirienne et son épouse, Fatou Diendéré,  était une figure influente du CDP.

Fatou Diendéré était maire de la commune de Baskuy, avant d’être élue,  en 2002, député d’une circonscription du Nord du Burkina Faso, dans la province du Passoré.

Réélue en 2012, Fatou Diendéré a vu sa candidature aux législatives rejetée par le Conseil constitutionnel après la chute de Blaise Compaoré.

Des personnes avisées accusent Fatou Diendéré d’avoir poussé  son époux  à s’engager dans ce putsch quand d'autres voient la main de l’ancien Président, Blaise Compaoré mais Gilbert Diendéré, dans  une interview accordée à la Chaîne de télévision française, « France 24 », rassure : « Je n’ai pas eu de contact avec lui [Blaise Compaoré], ni avant ni après le coup d’Etat. (…) Il ne m’a pas appelé, je ne l’ai pas appelé non plus.»

Les leaders politiques burkinabés s’opposent à ce coup d’état du RSP. Ils appellent tout le peuple burkinabé à la désobéissance civile jusqu’à la libération sans condition du Président Michel Kafando, du Premier ministre, le Lieutenant-colonel, Isaac Zida et des autres membres du gouvernement.

L’appel est entendu et dans plusieurs villes du Burkina Faso, la population se mobilise en dépit de la répression des éléments du RSP qui provoque la mort d’une dizaine de manifestants et fait plusieurs blessés.

Les manifestants détruisent la villa du général Gilbert Diendéré, à Yako, le village natal du Général.

La résidence d’Eddi Komboïgo, Président du CDP est détruite également, ainsi que le siège de ce Parti politique situé dans la ville de Bobo Dioulasso.

Le coup d’Etat est condamné par la communauté internationale et Nkosazana Dlamini-Zuma, Présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) exprime sa : « ferme condamnation de cet enlèvement injustifiable et la séquestration continue des responsables de la transition, qui constituent un acte terroriste à tous égards, ainsi que de la tentative inacceptable de remise en cause totale de la transition engagée au Burkina Faso ».

Idriss Déby  Itno, Chef d’Etat du Tchad condamne ouvertement le coup d’Etat et dit aux putschistes : « Il ne faut pas aller à contre-courant de l’histoire. »

Le vendredi 18 septembre 2015, le Président de la CEDEAO, Macky Sall, Président du Sénégal et Yayi Boni, Président du Benin, se rendent au Burkina Faso pour entamer une médiation entre les différentes parties et pour, selon Saliou Akadiri, chef de la diplomatie béninoise : « … parvenir à un retour à une vie constitutionnelle normale, à la libération du Président et du Premier ministre qui sont otages, et à la libération de tous les ministres ».

Pendant la médiation de la CEDEAO au Burkina Faso, l’Union Africaine  sanctionne le Burkina Faso en le suspendant de l’organisation.

De plus, interdiction est faite à tous les membres du  CND de voyager avec leurs avoirs à l’étranger gelés.

Le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine, l’ambassadeur ougandais et Président en exercice du CPS, Mull Sebujja Katende, tout en qualifiant le putsch « d'acte terroriste qui doit être traité comme tel » ajoute : « Nos principes sont clairs : nous voulons un retour au statu quo ante, et nous pensons que c’est ce que la CEDEAO est en train de demander. (…) Il y a une transition qui est en cours au Burkina Faso, et qui doit s’achever avec des élections qui doivent se tenir le mois prochain. (…) Tout se déroulait bien, et nous ne voulons pas d’interférences dans ce processus. Nous espérons que la CEDEAO partage le même point de vue. »

Le samedi 19 septembre 2015, après avoir rencontré tous les acteurs de la vie politique du Burkina Faso, le Président de transition Michel Kafando, le Général Gilbert Diendéré et la population civile, le Président Yayi Boni promet « Une bonne nouvelle pour dimanche pour le Burkina Faso » et avance : « Je suis en mesure de dire qu’il (le général) a le sens des responsabilités et qu’il est dans de bonnes dispositions, en ligne avec les discussions que nous avons eues avec les forces vives de la Nation

Dans la soirée de ce samedi, le Président béninois, Yayi Boni quitte le Burkina Faso, laissant seul le Président Macky Sall poursuivre la médiation.

Avant la publication des conclusions de la médiation, le Président François Hollande menace en disant : « Toute personne qui contrarierait la démarche proposée par les médiateurs, serait sanctionnée… »

Le dimanche 20 septembre 2015, dans la soirée, le Président Macky Sall présente un projet d’ Accord en six (6) points :

1°) La réinstallation du Président Michel Kafando afin de poursuivre la transition politique;

2°) Le vote d’une loi d’amnistie en faveur des putschistes, ceci, avant le 30 septembre 2015 ;

3°) La tenue des élections législative et présidentielle, au plus tard le 22 novembre 2015 ;

4°) La validation de toutes les candidatures précédemment rejetées par décision du Conseil Constitutionnel burkinabé ;

5°) La libération, sans condition, de toutes les personnes détenues en rapport avec les récents événements ;

6°) Le sort du RSP sera traité aux lendemains de la transition par le Président qui sera en responsabilité. »
 
Le Président Macky Sall dit : «  Je voudrais lancer un appel pressant au calme. Un appel à la paix, à la sérénité et à la non-violence sous toutes ses formes (…) N’allumons pas un feu que nous ne pourrons pas éteindre. En tant que voisins, partageant avec vous le même destin dans nos espaces communautaires, nous sommes aussi, d’une certaine façon, nous autres Ouest-Africains et Africains, des Burkinabè. Nous aimons ce pays comme vous et je dirais que vous n’avez pas le droit de nous priver de ce " pays des hommes intègres. »

Le Président Sénégalais indique qu’il présentera ce projet d’Accord à ses homologues lors du Sommet prévu pour le mardi 22 septembre 2015 à Abuja au Nigéria et conclut : « C’est le prix à payer pour la paix. »

Le Président de transition, Michel Kafando dit n’avoir pas participé à l’élaboration de ce projet d'Accord, émet des réserves sur son contenu et dit n’avoir été informé que le lundi matin.

La  population civile et plusieurs leaders politiques rejettent également les conclusions de la médiation de la CEDEAO qu’ils estiment être une réponse nette aux attentes du RSP.

Une partie du peuple du Burkina Faso soupçonne le Président Macky Sall de vouloir secourir son « ami  Blaise Compaoré ».

Pour eux, l’amnistie pour les putschistes est une proposition indécente et une injure faite au peuple burkinabé.

Le mardi 22 septembre 2015, sous la présidence du Président sénégalais Macky Sall, en présence du Président Muhammadu Buhari du Nigéria et Issoufou Mahamadou du Niger, se tient à Abuja au Nigéria, un Sommet Extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres de la CEDEAO  sur le problème burkinabé.

A l’issue de ce Sommet, il est décidé de dépêcher, le mercredi 23 septembre 2015, un Comité de Haut Niveau de Chefs placé sous la Présidence de Macky Sal, accompagné des Présidents du Benin, du Ghana, du Niger, du Nigeria et du Togo.

Cependant, le mardi 22 septembre 2015, aux environs de 1 heure du matin, des troupes loyalistes coordonnées par le Général de brigade Pingrenoma Zagré, en provenance de l’ouest du Burkina Faso, Dédougou et Bobo-Dioulasso, de l’Est du pays, Kaya et Fada N’Gourma et du Nord, Ouahigouya font leur entrée à Ouagadougou.

Les Forces loyalistes patrouillent dans la ville de Ouagadougou sans heurts et des négociations sont entreprises avec les membres du RSP pour qu’ils déposent les armes.

A 3 heures du matin, libéré par les putschistes, le Premier ministre, Isaac Zida quitte le Palais présidentiel pour son domicile et Chérif Sy, président du Conseil national de transition, qui l’a rencontré après sa libération, dit : « Nous avons échangé sur la situation et la suite à y donner. Il se porte bien et nous espérons que si les éléments du RSP ont pu le libérer, ils resteront dans la même disponibilité pour déposer leurs armes, afin qu’on évite une quelconque casse. Je pense que c’est un signe de détente qui devrait se poursuivre par le dépôt des armes. C’est déjà un grand pas ».

Les forces loyalistes, pour restaurer le gouvernement de transition  dissout par les putschistes, lancent un ultimatum aux éléments du RSP pour qu’ils déposent les armes avant 10 heures GMT ce mardi 22 septembre 2015.

Recevant des journalistes dans le Palais présidentiel de Kosyam, le Général Gilbert Diendéré refuse la reddition du RSP et dit : « Je suis toujours le Président du CND. (…) Je ne pense pas qu'il s'agit d'un ultimatum. Hier (lundi) dans la soirée, des rencontres ont eu lieu avec les responsables de ces unités militaires. Rendez-vous avait été pris ce (mardi) matin à 10 heures pour continuer les négociations (…) Nous n'avons pas envie de nous battre. Nous nous défendrons éventuellement, mais nous n'avons pas envie de verser du sang pour rester dans un pouvoir quelconque. (…) Nous avons compris ce que voulaient ces militaires, c'était un mouvement qui était organisé par un certain nombre de chefs de corps qui sont des promotionnaires d'école. Ce n'est pas un mouvement général au sein de l'armée. (…) Depuis hier, nous avons entamé des discussions avec les militaires qui sont venus de l'intérieur du pays. Nous avons des échanges fructueux et ces échanges vont continuer pour trouver une solution. (…) Nous avons demandé en quoi consistait le désarmement et c'est la question sur laquelle nous avons un peu buté. Parce que parler de désarmement alors que les combats n'ont pas commencé, c'est aller un peu vite en besogne… »

L’ultimatum n’est pas respecté mais vers 22 heures, devant le Roi des mossis, le Moro Naba, un Accord est conclu entre  le Commandant Abdoulaziz Korogho, chef de Corps par intérim du RSP et quatre (4) officiers envoyé par l'Etat-major et lAccord prévoit le cantonnement des éléments du RSP et non leur désarmement comme demandé par les forces loyalistes.

Le mercredi 23 septembre 2015, les membres du Comité de Haut Niveau de la CEDEAO arrivent effectivement au Burkina Faso et réinstalle le Président de transition Michel Kafando.

Le Général Gilbert Diendéré s’excuse et dit : « Le putsch est terminé, on n’en parle plus (…) Le plus grand tort a été d’avoir fait ce putsch (…) Aujourd’hui, quand on parle de démocratie, on ne peut pas se permettre de faire des actions de ce genre (…) Nous avons vu ce qui s’est passé. Nous avons su que le peuple n’était pas favorable. C’est pour ça que nous avons tout simplement abandonné. (…) Ce qui me rend de bonne humeur, c’est que nous ayons évité l’affrontement. C’est très important. Nous avons toujours souhaité qu’il n’y ait pas de combats entre frères d’armes. »

Le Président de la transition, rétablit dans ses fonctions dit : « Le gouvernement de transition que vous avez librement choisi et en qui vous avez totalement confiance est resté le seul à incarner la volonté du peuple souverain (...) honorons les mémoires des compatriotes injustement tombés pour la défense de la patrie (…)a nation tout entière leur rend hommage en attendant d’examiner la façon dont nous solderons les conséquences de cette funeste barbarie.. »

Egalement, le Premier ministre, le Lieutenant-colonel Isaac Zida retrouve sa fonction et déclare inimaginable de conserver le RSP en l’état.

Le mardi 29 septembre 2015, le médecin militaire et homme politique Burkinabé Jean-Baptiste Ouédraogo, raconte comment il a aidé le général Gilbert Diendéré à préserver sa vie : « …Vers 14 h, le 29 septembre, je reçois un coup de fil du général Pingrenoma Zagré qui me demande, suite à la décision de lancer l’assaut sur Naaba Koom II, d’user de mon influence pour convaincre le général Gilbert Diendéré de faire déposer les armes pour éviter un bain de sang inutile. Il aurait essayé, en vain, de le persuader. Il me précise qu’au moment où nous nous parlions, il n’y avait pas plus de 130 éléments RSP qui ne s’étaient pas encore rendus alors que le camp était entièrement cerné par les troupes loyalistes. A son avis, le général Diendéré ne se trouverait plus dans le camp. J’appelle le général Diendéré qui décroche. Pendant une heure, je tente de le faire fléchir mais il persiste et reste déterminé à combattre jusqu’au bout. Je finis par lui dire que le massacre de ses éléments lui sera imputable dans la mesure où lui-même peut encore s’en sortir vivant vu qu’il n’était plus dans le camp. En tant que chef, il sera tenu  responsable des morts qui s’en suivront. Je lui demande de puiser dans ses réserves la force et le discernement nécessaires pour poser le dernier acte salutaire qu’il peut encore poser.  Je termine en le suppliant de franchir ce pas décisif qui permettra d’épargner la vie de ses hommes. Après quelques instants de silence, il me pose deux problèmes : comment ordonner à ses hommes de déposer les armes et comment sera assurée sa sécurité. Il ajoute qu’il a besoin d’être en sécurité pour faire sa déclaration et que le lieu le mieux indiqué serait l’ambassade des Etats-Unis. Je lui demande de me laisser le temps d’étudier cette possibilité. Car le temps pressait. J’entre en contact avec l’ambassadeur des Etats-Unis et lui expose le problème. Il me répond qu’il lui faut une autorisation de Washington mais craint que le général ne veuille pas ressortir de l’ambassade après sa déclaration. L’ambassadeur me rappelle, presqu’aussitôt, pour me signifier que Washington était opposé. Nous nous concertons et décidons de nous tourner vers la Nonciature. Contact téléphonique est pris par l’ambassadeur et le Nonce apostolique accepte d’accorder, temporairement, l’asile politique au général.  L’ambassadeur me donne le numéro de téléphone du Nonce que je refile au général Diendéré en lui  disant qu’il devait appeler, d’urgence le Nonce. Entre-temps, le général, coincé de partout, réussit à joindre au téléphone un journaliste de Radio OMEGA pour faire sa déclaration demandant à ses hommes de déposer les armes. J’informe le général Zagré et lui demande de faire en sorte qu’il n’y ait pas de tirs concentrés sur le camp pour éviter un massacre. Instruction est également donnée au colonel major Kiéré de répercuter l’ordre de déposer les armes lancé par le général Diendéré à ses hommes et qu’ils se rendent sans combattre. Muni du numéro de téléphone du Nonce, le général Diendéré devait lui annoncer son arrivée, par ses propres moyens, à la Nonciature. Je rends compte à monsieur le président du Faso de l’aboutissement de ma mission tout en lui disant que confirmation lui sera donnée dès que le  général sera accueilli à la Nonciature. Effectivement, le Nonce me rappellera, plus tard, pour  m’apprendre que le général se trouvait bel et bien à la Nonciature sain et sauf. C’était ma préoccupation. Compte rendu fut fait au président de la Transition. Voilà ce que je sais de cette aventure à laquelle je fus mêlé malgré moi. Toutefois avec, peut-être, le risque d’irriter certaines sensibilités, je dirai que ce genre d’aide est un devoir moral pour tout acteur de la société qui se trouve en face d’une personne en situation de détresse physique, psychologique ou morale. Autrement dit, s’il y avait à refaire, je le ferais sans hésiter car, dans mon cœur de chrétien et de médecin, il y a autant de place pour mes ennemis que pour mes amis, pour ceux qui m’aiment comme pour ceux qui me haïssent. »

Des diplomates affirment que le Général Gilbert Diendéré aurait exigé l’exfiltration de son épouse, Fatou Diendéré avant sa reddition et exfiltrée le 1er Octobre 2015, elle se serait réfugiée à Lomé au Togo.

Toujours le jeudi 29 septembre 2015, l’ancien ministre des Affaires étrangères de l’ex-Président Blaise Compaoré, le Général Djibrill Bassolé est arrêté pour avoir été en contact téléphonique avec le Général Gilbert Diendéré.

Le Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro est également accusé d'avoir eu un échange téléphonique avec le Général Gilbert Diendéré.

Le vendredi 16 octobre 2015, au cours d’une conférence de presse, le directeur de la justice militaire, le Colonel  Sita Sangaré annonce  que le général Gilbert Diendéré, a été accusé de onze (11) chefs d’inculpation dont ceux  « de crime contre l’humanité » ; « d'attentat à la sûreté de l’État », « de collusion avec des forces étrangères pour déstabiliser la sécurité intérieure », « de meurtre », « de coups et blessures volontaires », « de destruction volontaire de biens » et a été mis sous mandat de dépôt, après son audition par le juge d’instruction.

Le Général Djibrill Bassolé est accusé de six (6) chefs d’accusation, le domicile du Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, perquisitionné et le directeur de la justice militaire le colonel Sita Sangaré dit : « Il y a eu une perquisition au domicile privé de M. Guillaume Soro. Les officiers de police judiciaire agissant dans le cadre de la commission rogatoire donnés par le juge d’instruction et sur la base d’éléments en leur possession sont allés faire une perquisition dans ce domicile privé. Le secret de l’instruction est un principe cardinal et nous ne pouvons pas entrer dans les détails… »

Le mardi 20 octobre 2015, un mandat d’arrêt international est lancé contre Fatou Diendéré, l’épouse de Gilbert Diendéré.

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